22 août 2007
FERMETURE DEFINITIVE
Ici s'arrêtent les trépidantes aventures du Crocodile pour tout un tas de raisons, qu'elles soient professionnelles (en gros : plus le temps) ou personnelles (en gros : changements majeurs). Pas d'inquiétude à avoir, tout va très bien. TRES, très bien même.
La fermeture de ce blog représente la fin d'une aventure fantastique, et me fait un peu mal au coeur. Un grand merci à tous ceux qui m'ont suivi, de France, de Suisse, du Canada, d'Australie et d'ailleurs, à ma famille, à mes amis, à ceux qui, au fil des commentaires sont devenus des amis, et aux anonymes de la toile qui se sont arrêtés sur ces pages.
Vous allez me manquer...
A très bientôt j'espère, ici ou ailleurs.
Sam
10 mai 2007
On the road again!
Bon ben ca y est, le pays Scouse c'est fini pour moi. Pour l'instant... Au final j'ai rencontre pas mal de gens hauts en couleurs (cela inclut le orange douteux precedemment mentionne, hum) et je m'y suis vraiment bien plu. A suivre.
En attendant, l'aventure continue, apres ces quelques semaines harassantes (j'en vois qui rigolent dans le fond, petits batards) des vacances s'imposent. Enfin, si conduire presque 5500 km en 15 jours passent pour des vacances... (on sort les violons, souplait). Le plan est de descendre a Cape Town et d'y acheter un 4x4. Pas un petit Suzuki, non mon bon monsieur, un MONSTRE. Un Landcruiser gigantesque, affuble de pare-buffles a faire palir d'envie le producteur de Mad Max, de sandplates capables de vous faire traverser le Sahara les doigts dans le nez (attention en conduisant quand meme), d'une tente de toit et de tout ce qu'un baroudeur peut rever d'avoir dans sa voiture (filtre a eau, cuisiniere a gaz, air conditionne etc). Bref, cette voiture est un joyau MASSIF. Recuperer ladite Toyota, donc et la ramener au Malawi en conduisant le long de la cote Sud-africaine en s'arretant pour plonger (les raies manta sont au rendez-vous), se gaver de gambas et d'huitres, pour grimper le Drakensberg, camper dans le parc Kruger, traverser le Mozambique (Aaaaaaah, le Mozambique...) et enfin finir a Blantyre autour du 25 mai. Carte du voyage fournie gracieusement :
Rendez-vous dans 2 bonnes semaines pour le recit du voyage (avec si possible des catastrophes majeures, vu mon karma calamiteux), on croise les doigts. En attendant, ce week-end c'est degustation de pinard a Stellenbosch, grimpette sur les flancs de la montagne de la Table et visite de Cape Town - You-houuuu !!
Allez, la bise chez vous et a tres vite.
Ah, puis si je ne reapparais pas en ligne d'ici juillet, pensez a envoyer les equipes de secours...
25 avril 2007
One month in Scouseland
Obtenir un financement du prestigieux ****** Trust est un évènement extrêmement gratifiant sur le plan personnel, comme professionnel. Outre un salaire assuré pendant 3 ans, cela comprend entre autres des stages pratiques pour apprendre des techniques de pointes dans des endroits exotiques comme Sydney, Boston, Cape Town ou… Liverpool.
Vous l’aurez deviné, j’ai commencé par la dernière destination, et me voila en pays Scouse (l'adjectif pour tout ce qui vient de Liverpool) pour 5 semaines. La transition Malawi/Liverpool se fait a la hache et vous laisse un peu déconcerté. OK, très déconcerté. Lundi a 19h vous sirotez une bière fraîche a Johannesburg en contemplant un coucher de soleil époustouflant, et après une nuit agitée dans un avion qui a connu des jours meilleurs, vous vous retrouvez hébété dans le terminal 1 de Heathrow Airport, baignant dans une lueur grisâtre et glauque d’aquarium en manque de maintenance. Le temps d’avaler un English breakfast (hmmmm rien de tel que des haricots cuits dans du ketchup tiède pour vous filer une bonne chiasse revigorer avant de sauter dans un petit coucou de BMI.
Les Anglais vivent vraiment dans un autre monde. Après l’expérience mitigée des baked beans, votre estomac sensibilisé se révolte franchement a la vue des hôtesses de BMI. Le bleu électrique de l’uniforme et le canotier a ruban de mémère a son chienchien seraient considérés n’importe ou comme une intolérable atteinte aux droits de l’homme, et entraîneraient des grèves a répétition en France. Mais non, les Anglaises arborent leur parure avec bonhomie et visible fierté. Il en va de même pour les officiers de police, affublés d’un casque qui rendrait Darth Vader presque élégant. Le conducteur du bus vous répond dans un sabir inintelligible parsemé de luv (love), hun (honey), et mate. Je suis flatté, mais n’imagine en aucun cas un chauffeur français m’appeler chéri, amour ou mon pote. Enchuuulééé, a la limite, mais a Marseille uniquement. Non, ici tout le monde fait ça, au Tesco du coin, excuse me, luv, where can I find some sugar – condoms – leaks? [rayer la mention inutile].
Spooky, mais mignon.
A peine arrivé, voila qu’on vous propose du thé, accompagné d’un curry de poulet a 5h de l’après midi. Euh, c’est très gentil, mais le thé suffira. Qu’on ne s’inquiète pas, un second dîner est prévu a 21h… Coté nourriture, c’est bien simple, soit c’est du curry, soit c’est frit. Longtemps, et de préférence servi avec la moitié de l’huile de friture, ce qui rend la déglutition accessoire : ça glisse tout seul vers l’estomac. J’ai toujours trouvé un chouilla déconcertant de pouvoir admirer son reflet dans sa nourriture, mais je suis sur qu’on s’y habitue très vite. On oublie les légumes frais illico, on bannit toute forme de fibres. Patates, baked beans et champignons en boite sont les seuls apports nutritionnels du monde végétal. Et quand on demande une salade a la place des frites, non seulement la serveuse vous regarde comme si vous lui aviez demandé de faire la roue nue sur la table en chantant God save the Queen, mais vous apporte ensuite une bonne portion de coleslaw, un espèce d’émincé de choux et de carottes baignant dans une mayonnaise synthétique visqueuse. On remercie et on se tait. Oui car l’Anglais – et spécialement le Scouse – est soupe au lait. Le premier conseil qu’on m’a donné en arrivant, était : quand tu marches dans la rue a Liverpool, ne regarde personne dans les yeux. Le Scouse est costaud, parle fort, se balade en troupe bovine et éméchée, et cherche n’importe quel prétexte pour s’amuser un peu. S’amuser, en l’occurrence, implique si possible la perte d’une ou deux molaires et d’un gallon de sang. Quand a la faune féminine, ma foi… il faut le voir pour le croire. Notre cagole nationale passe pour une lady a coté des spécimens locaux. La jupe se doit d’être a la limite de l’indécence – et de la cystite chronique – et le décolleté doit au minimum atteindre le nombril, ce qui fait qu’en cas de pluie – un phénomène peu rare sous ces latitudes – les demoiselles couvrent leurs décolletés en gloussant, sans doute pour éviter de mourir noyées une fois le Wonderbra plein. Si Beyoncé Knowles peut se permettre de telles habitudes vestimentaires, les jeunes filles ici sont courtes sur pattes, replètes (si on se demande pourquoi, se référer au chapitre habitudes alimentaires ci-dessus) et surmaquillées. Le tatouage est de rigueur, plus c’est gros, coloré et vulgaire, mieux c’est - le plus raffiné vu a ce jour étant une Schtroumpfette au sourire vaseux affublée d'une énorme chope de bière. La classe. Et le top du top semble être le bronzage artificiel... Je n'ai JAMAIS vu autant de salons de bronzages de toute ma vie. Ni autant de filles aux délicats reflets de citrouille blette. C'est un genre.
Enfin au final c’est bien simple, quand on sort en boite ici, on a l’impression d’être dans une version érotico-gothico-trash de Fantasia.
Perturbant.
On comprends ENFIN pourquoi Dieu semble être le seul a pouvoir sauver la Reine dans ce pays...
[PS : desole pour les fautes d'accents, c'est extremement irritant de les trouver sur ces saletes de claviers QWERTY, je jette l'eponge apres 45 minutes passees a taper ces 3 pauvres paragraphes]
19 mars 2007
the scientist
Hier, en fin d'après-midi quelque chose d'incroyable, d'inattendu, presque d'inespéré s'est produit. J'étais dans ma voiture, bloqué dans un embouteillage en rentrant chez moi après ma séance de squash dominicale (entendez par embouteillage 5 voitures coincées derrière un camion roulant au pas) quand ça s'est produit. Mon iPod en mode aléatoire a soudain entamé la chanson the scientist de Coldplay, que je ne connaissais pas. Ici tout le monde partage sa musique et j'ai tendance a laisser n'importe qui me mettre un peu n'importe quoi sur mon iPod, ce qui provoque souvent d'étonnantes surprises, bonnes comme mauvaises. Bref. Coldplay, donc. Je n'écoutais que d'une oreille, quand soudain le ciel s'est embrasé d'un seul coup comme il ne le fait qu'en Afrique a la fin du jour, submergeant la ville d'une lumière orange magnifique, au moment même ou Chris Martin attaquait le refrain.
Et là, le temps s'est arrêté.
La musique entêtante, la tiédeur de la brise charriant des odeurs lourdes et âcres de feu de bois et d'épices, le coucher de soleil époustouflant, le rire des enfants jouant au football dans la poussière, la ville couleur sépia au ralenti... l'adrénaline qui bout a gros bouillons d'un coup, le barrage de dopamine qui craque, et soudain cède, les pupilles qui se dilatent, le coeur qui pompe, qui pompe, qui n'en revient pas, qui avait presque oublié comment on faisait, les poils des avant bras qui se dressent, les poumons qui s'emplissent a en faire éclater la cage thoracique.
Une vague d'euphorie. Un shoot de bonheur pur. La sensation, pour la première fois depuis des semaines, des mois, d'être au bon endroit au bon moment. La certitude que, finalement, tout va bien se passer. Car tout se passe toujours bien en fin de compte...
Je vous l'avait dit, le Croco reviendrait. Ben voilà. Dans la foulée j'ai décidé de reprendre mon blog - exactement 2 ans après avoir commencé. Parce que vous m'avez manqué, parce que j'ai encore beaucoup d'anecdotes a raconter (j'ai pris des notes pendant mon absence !!), et parce qu'on ne se débarrasse pas de moi aussi facilement.
C'est reparti, mon kiki !!
*** broad smile ***
18 janvier 2007
Puisqu'on en parle...
Bon voilà, 2007 a bel et bien commencé et je me sacrifie au rituel des bonnes résolutions. Et la plus grande de cette nouvelle année, c'est de clarifier les choses. Oui parce que hein, je me suis rendu compte au fil du temps que j'étais un grand incompris, et que les lecteurs de ce blog (oui vous là, les trois au fond) se grattaient le tête d'un air dubitatif. Il est grand temps de déchirer le voile et de révéler la signification de ma bannière là en haut, que visiblement PERSONNE n'a trouvé amusante. Les mêmes personnes m'ont également demandé pourquoi je faisais de la pub à une marque de fringues espagnole. Et ben non, c'est pas ça du tout. En ces temps de bannières tendance (ce n'est pas Ménille qui me contredira), je ne peux pas me permettre de passer pour un bouseux plus longtemps.
Alors explication en deux actes. On saisit son crayon s'il vous plaît.
1 - l'illustration : il s'agit d'un dessin de Gary Larson, célèbre auteur du 'Far Side' qui m'a fait hurler de rire (pas de commentaires, s'il vous plaît) et j'ai immédiatement trouvé que ça donnerait parfaitement le ton de ce blog. Voilà l'original :
Comme vous pouvez le constater, deux gorilles dansent le TANGO... TANGO. Et euh... voilà quoi. Avec la légende ça devrait suffire à faire rire... non ? Non ? Bon, donc l'un dit à l'autre qu'il a dû mal comprendre car il lui avait demandé une mangue (a MANGO... non ? Toujours rien ?? Dites, faudrait voire à faire faire un électro-encéphalogramme assez rapidement, hein !).
Mmmm, ceci dit c'est moins hilarant une fois expliqué....
2 - le nom : MANGO, en référence à la blague susmentionnée, mais aussi que fait que j'ai commencé ce blog en arrivant au Malawi, en pleine saison des mangues et que j'en mangeais à m'en faire péter la panse tous les matins. Ce n'est pas Cendre qui me contredira.
Donc voilà, mission accomplie, à défaut de faire rire, au moins vous comprendrez pourquoi MANGO. Oh oui je sais, tout le monde s'en fout. Mais en ces temps de disette intellectuelle, tout prétexte est bon à prendre pour pratiquer la respiration artificielle à ce blog sub-claquant en attendant des jours plus prolifiques !!
[qui vont venir, si, si]
27 décembre 2006
L'enfer, c'est les autres
Amusant comme de temps en temps, accès de paranoïa aiguë mis à part, on a l'impression que le monde entier s'est ligué contre vous dans le but de vous jeter à la figure vos échecs, ratés ou bévues. Après une rupture, la sensation est décuplée et le monde extérieur devient un champ de mines émotionnelles qu'il faut savamment contourner pour éviter d'être pulvérisé. Soudain tout vous rappelle l'autre, et le hasard se surpasse pour vous glisser subrepticement sous les pieds les pièges que vous pensiez éviter. Ou ceux que vous n'aviez même pas remarqués.
Je suis reparti de Paris jeudi dernier, le moral dans les chaussettes mais bien décidé à éviter de passer ma journée dans le TGV à broyer du noir. Peine perdue, le destin en avait décidé autrement. Pourquoi a-t-il fallu que je branche la radio en me faisant un café de bon matin ? Et qui était le sombre Iago qui avait insidieusement réglé la fréquence sur Chérie FM ? Un acte aussi misérable rendrait presque la peine de mort acceptable. Je me suis donc retrouvé, les yeux pas encore bien débrumés, à écouter SA chanson. Pas n'importe laquelle, hein, non, la chanson que j'associe toujours à cette chaude nuit d'été il y a quatre ans. Je me suis arrêté net dans mon élan, soudainement privé de toute envie de café, ou de quoi que ce soit d'autre. Une taloche hargneuse bien appliquée pour couper la chique au petit transistor, et je cavalais vers mon métro, direction la Gare de l'Est. Je n'avais pas fait un pas dans une de ces galeries glauques du métropolitain parisien, qu'un violoniste envoyé par Lucifer entamait le thème de Love Story et faisait sangloter son violon. LOVE FUCKING STORY !!! Parmi toutes les pièces écrites pour violon... enfin bref. J'ai accéléré le pas en essayant de fredonner 'viens boire un p'tit coup à la maison' pour enrayer la malédiction, mais c'était trop tard. Trois kilomètres de boyau carrelé plus tard, je me retrouvais sur mon quai à me geler les noix en attendant le train, quand un couple très affairé a cru bon de choisir le même banc que moi pour se lécher leurs amygdales respectives. Pas un des 54 autres sur le quai, non, le mien. Je vous passe les bruits de succion à vous exciter à mort un escargot de Bourgogne, et quand mon quota a été atteint j'ai eu subitement besoin d'un café. Très fort. La fille derrière le comptoir portait le même parfum qu'elle. Je me suis précipité dans le TGV sans commander quoi que ce soit.
Et là, au lieu de me retrouver seul avec mon iPod, il a fallu qu'une adolescente insupportable (non, je ne suis pas asocial, NON je ne hais pas les adolescents... enfin pas tous) dotée d'un minuscule portable vienne perturber ma confortable solitude en s'installant en face de moi dans le compartiment, à grand renfort de gloussements et de minauderies. Quand elle a entamé le jeu des 'non tu raccroches, non, toi, dis-moi encore, tu m'aimes non, on a dit que c'était toi qui raccrochais le premier, non, ihihihihihi, tu es bêêêête, oui je t'aiiime, non TOI tu raccroches en premier', il a fallu que je me fasse violence pour ne pas régler son problème en balançant ledit portable par une des fenêtres du TGV. Rien que d'imaginer la scène je me suis déjà senti mieux.
Quand ENFIN je me suis retrouvé au chaud chez moi, je me suis adonné à mon activité favorite en cas de coup de blues, la lecture de blogs. Wouééééé. Et là, l'ultime coup de massue. Pixie amoureuse transie, Ménille nageant dans le plus pur bonheur conjugal. SI C'EST PAS FAIT EXPRES, CA !!!! Du coup j'ai boudé, je me suis pris un pot de Häagen-Dazs aux noix de macadamia caramélisées et j'ai maté la saison 2 de Spaced. Aux grands maux, les grands remèdes.
18 décembre 2006
I'm all right... well, am I?
Sticks and stones break my bones
But tears don't leave any scars
So I'm all alright
I'm all alright
I've been lonely before
Le come back du Crocodile prendra un peu plus de temps que prévu, j'en ai bien peur.
11 décembre 2006
Mission: POSSIBLE!!
Voilà. Le verdict tant attendu du financement de mon projet de recherche a cheval entre l'Australie et le Malawi est tombé hier, après une semaine à me faire un sang d'encre et à me ronger les moignons qui me restent de doigts.
Eeeeeet...
...C'est reparti comme en quarante !!
30 octobre 2006
Boulettes, nostalgie et hémophilie....
La grande saison des examens vient d'être officiellement ouverte au College of Medicine, et après des semaines d'intense cogitation, d'activité neuronale dangereusement élevée et d'essorage synaptique extrême afin d'extraire de mon cortex poussif toute idée originale pour mes questions de TD, j'ai enfin rendu mes sujets à l'Examination Officer. Oui, alors attention, à l'Université on se prend très au sérieux et on a des noms pompeux et ridicules, même si tout balai qui se respecte refuserait catégoriquement d'être rangé dans ce qui nous sert de bureau. Les dates fatidiques des examens sont tombées comme un couperet pour mercredi dernier, en plein jour férié qui a donc sauté pour les étudiants comme pour moi - vive les joies de la surveillance d'exam.
Je suis bien évidemment arrivé en retard comme tout apprenti enseignant supérieur qui se respecte, qui se doit donc d'être bordélique et de chercher ce foutu emploi du temps 5 minutes avant de partir au boulot, mais siiiii tu sais, celui avec le nom de l'amphithéâtre dessus, il était juste là hier soir bordeeeeeeeeeeel !! Après un petit 400 mètres haies sur le parking par dessus des parpaings entassés là pour la réfection de la cafétéria (rien de tel pour vous mettre en forme tôt le matin), je me suis enfin retrouvé devant la bonne porte, en nage et à bout de souffle. Ce n'est qu'une fois à l'intérieur de la salle que je me suis figé. Comme toutes les salles d'examen, il y régnait un silence presque religieux, perturbé par les toussotements tendus des étudiants et les pas lents et réguliers des surveillants se réverbérant contre les parois nues. Et là, dans cette odeur de béton frais et de craie âcre, la nostalgie m'a sauté à la gorge de la manière la plus imprévisible qui soit. Enfin nostalgie, nostalgie, faut pas pousser non plus, on en a assez bavé de ces longues soirées de révisions, de ces nuits blanches à potasser en dernière minute, mais siiiiii, je suis sûûûr que ça va tomber demain, les calculs mentaux tordus pour savoir quelle matière réviser le moins en fonction des coefficients, les malédictions hurlées mentalement à l'encontre des professeurs sadiques devant sa copie restée blanche, les rendez-vous, pâles, après les examens avec les copains, et finalement les attentes interminables devant le tableau d'affichage dans le grand hall, les cris de joie, les gémissements d'incompréhension et d'incrédulité devant une note lamentable, les notes, justement, qu'on vérifie deux à trois fois d'affilée en suivant la ligne avec son nom, le coeur battant la chamade en priant pour ne pas s'être trompé de ligne la première fois... Non ça, ça ne m'a pas rendu nostalgique. Mais tous les bons souvenirs de mes années fac me sont revenus d'un coup, les nuits blanches aux Catacombes avant de réenchaîner sur une nouvelle journée de cours à l'ULP de Strasbourg, les apéros fatidiques du jeudi soir à la fac de Montpellier II, les soirées STAPS démentes, les soirées mojito et les cafés à la chaîne pendant la thèse à Marseille... et tout ça... pour finir... tout seul au Malawi !! Ca m'a mis le moral à plat et j'ai eu le cafard toute la soirée.
Mais heureusement les copies sont arrivées à point nommé le lendemain matin, et m'ont rendu ma bonne humeur. Des petites coquilles mignonnes aux potentielles catastrophes médicales majeures, rien ne nous a été épargné. Petit florilège. Je rappelle qu'il s'agit d'un examen d'hématologie de 3ème années de médecine. la première question concerne un adolescent qui souffre de troubles bénins de la coagulation, avec comme indice un bilan sanguin indiquant un nombre anormalement bas de plaquettes. S'en suit une série de petite questions dont, selon l'étudiant, le pronostic (à savoir, grosso modo, est-ce que c'est grave docteur ?) - c'est bénin dans ce cas là, mais un étudiant me répond :
Le patient mourra. Il n'y a rien à faire, sinon prévenir la famille et préparer les funérailles. Mais cela n'est en rien le travail du médecin.
Mmmm. Un chouilla extrême. Continue à traiter tes patients comme ça mon gars, et je te prévois une carrière fulgurante en médecine légale. La seconde question concerne un enfant atteint d'hémophilie A, et après avoir passé en revue les antécédents familiaux, on demande les suggestions (de traitement) du médecin. Celle-là m'a fait produire un admirable Jason Pollock sur mon bureau, en sprayant mon café de rire.
Je suggère d'isoler l'enfant afin de limiter ses contacts avec les membres du même sexe au STRICT MINIMUM, et d'éviter les fornications contre-nature dégoûtantes lorsqu'il sera en mesure de procréer.
Alors certes hémophilie et homophilie sont des mots assez proches, même en anglais, mais quand même. Ce serait hilarant si ce n'était dramatique. Pour les lecteurs horrifiés par la violence de ce propos, sachez que l'homosexualité est interdite et punie par la loi au Malawi, un pays strictement catholique. De ce côté là, on est pas loin du Moyen Âge... Mais c'est un autre débat. Un second m'écrit qu'il faut emprisonner les parents qui disséminent des gènes handicapants. Ben voyons, on peut les brûler aussi tant qu'on y est. Et que fait-on des porteurs de gènes de la bêtise et de l'atrophie cérébrale ? Pas handicapants ceux-là, mmmm ?
Mais ne généralisons pas, l'ensemble des copies était d'un excellent niveau. Et comme une bonne nouvelle n'arrive jamais seule, mon projet de recherche a été retenu par la colossale organisation susceptible de payer mon salaire pour les 3 prochaines années, je pars donc à Londres pour les entretiens décisifs début décembre. Sydney est au bout, ma tension artérielle est montée d'un cran. On est prié de croiser tout ce qu'il est humainement possible -et pas trop douloureux- de croiser pour moi. On vous remercie d'avance.
Martine ? Mousseux pour tout le monde !
16 octobre 2006
INFERNO!
Intérieur, nuit. Une buanderie familiale. Plan large, montrant une superbe machine à laver entre une planche à repasser et un tancarville. Une lumière de pleine lune filtre par le soupirail et éclaire la pièce d'un bleu lugubre. Un zoom avant nous rapproche lentement du hublot, par lequel on peut voir le linge tourner. Le son régulier du cycle s'amplifie au fur et à mesure, jusqu'à devenir insoutenable.
[voix off - masculine, grave]
"Au début, tout se passait pour le mieux. Elle était magnifique, blanche et émaillée, avec son gros oeil rond central, son air débonnaire. Elle ronronnait de plaisir quand on l'allumait, et prenait sa tâche très au sérieux. Aucune de mes chemises n'était ressortie aussi éclatante de blancheur qu'après son cycle intensif. Mais derrière ses aspects angéliques et efficaces, un machiavélique complot s'ourdissait dans les méandres de ses circuits malades et de son moteur maléfique."
Noir. Musique stridente, le titre s'affiche:
**********
Tout a commencé par une tiède fin de journée de printemps, lorsque Julie est venue nous la livrer, avant son départ définitif du pays. Une machine à laver rutilante, achetée dans le but de soulager notre femme de ménage, de la rendre heureuse, ergo, de répandre le Bien. Mais qui aurait pu se douter qu'une telle blancheur immaculée pouvait dissimuler autant de perfidie ? On aurait dû se méfier dès la première semaine... Quand le programme court couleur à 30°C s'est subitement auto déréglé à 90°C, et qu'on s'est retrouvés avec une collection de vêtements pour Barbie et Ken. Mais non, quand on ne veut rien voir, on ne voit rien. Après tout il s'agissait de vieux T-shirts, pas de chemises Armani. Je me suis dit 'ça peut arriver ' et j'ai relancé une seconde lessive. Mais quand la seconde fournée est ressortie en lambeaux, on a été perplexes. On a ri (un peu jaune parce que là ma chemise blanche j'y tenais, hein, OK c'était H&M mais bon), et on a décidé de la baptiser Dorothy, en pensant que c'était probablement la cousine de Christine... Mais ni Stephen King, ni Dean Koontz n'auraient eu l'audace d'imaginer que cette machine à laver était en réalité l'Instrument de Lucifer.
Humiliée par un prénom aussi grotesque, La Machine Démoniaque décidait immédiatement et irrémédiablement de se venger en nous éliminant sournoisement par intoxication. Son plan entra en action lors de la troisième lessive, durant lequel elle produisit un épais nuage de fumée noire méphitique et lacrymogène, un truc infect à vous sécher un buffle à 200 mètres. N'écoutant que mon courage et frôlant ainsi une mort héroïque par asphyxie, je réussis à débrancher la prise du Monstre à temps, entre deux gerbes d'étincelles et avec force râles et moult larmoiements. Il nous fallut deux jours pour éliminer l'odeur âcre et les traces de suie sur le mur de la buanderie. Nous prîmes donc des mesures drastiques, et convoquâmes sur le champ un électricien slash exorciste. Devant l'ampleur de la tâche, celui-ci décréta qu'il lui faudrait au moins une semaine pour nous réparer slash purifier notre Dorothy, moyennant une somme équivalente à la dette du Libéria.
Cinq jours plus tard, notre machine à laver reprenait sa place entre la planche à repasser et le tancarville, avec un moteur et une courroie slash âme neuve. Mais le Démon n'avait pas dit son dernier mot, et derrière ses airs meutris de Jack Nicholson après une séance poussée de SportElec' dans vol au dessus d'un nid de coucou, son âme damnée n'aspirait qu'à la trahison et au meurtre. Cette nuit là, elle prit feu spontanément, pensant nous entraîner avec elle dans les abysses infernales par son immolation désespérée. N'importe qui eût été endormi à cette heure tardive et eût été subséquemment rôti séance tenante, mais c'était sans compter sur ses deux alcooliques de propriétaires en train de concourir pour la confection de la Margarita Parfaite sur leur terrasse. La petite olive à martini dans l'engrenage fatidique... Vers minuit, heure favorite des criminels, je me dirigeais vers la cuisine pour pallier à une pénurie de jus de citron, quand les flammes d'Hadès me léchèrent le visage et me firent roussir les sourcils... Il nous fallut quelques bons hectolitres (Dieu merci il n'y a pas eu de coupure d'eau ce soir là) pour éteindre le brasier, sachant que notre haleine n'agissait pas en notre faveur. La bataille entre le Bien et le Mal fit rage pendant vingt minutes.
La buanderie a été repeinte dimanche et seule une petite odeur de soufre flotte toujours dans l'air.
Dorothy a trouvé la paix. Elle trône dans le fond du jardin et sert de pondoir à nos trois poules rousses.
L'Esprit du Mal a déserté notre colline, et j'ai été sacré the Lord of the Margarita.
THE END
05 octobre 2006
Confessions in a Ward
Petit coup de gueule ce matin.
Après Ewan McGregor, c'est au tour de Madonna de venir se faire photographier à l'hôpital et dans les orphelinats aux alentours, et de clamer à qui veut l'entendre que son mari et elle veulent adopter des jumeaux Malawiens. L'orphelin local est apparemment devenu l'accessoire trendy du moment pour les célébrités en quête d'image sacro-sainte. J'imagine les réunions de brainstorming des 'PRs' pour le choix des pays à visiter... Alors la Namibie c'est pas possible daaaarling, Angelina et Brad s'en sont occupés, c'est übeeeeeeer-has been... Non, voyons la carte... Le Kenya ??! Peuh, ne sois pas ri-di-cuuule honey. Non regarde ça, Maaaa-laaaaa-wi... Malawi ? Jamais entendu parler, c'est idéaaaaal !!
Le pire c'est qu'ils sont persuadés d'aider réellement les communautés autochtones, alors que leurs visites entraînent le blocage des voies d'accès à l'hôpital pour des raisons de sécurité, la fermeture temporaire des services de pédiatrie (en pleine saison de transmission de malaria, ce n'est pas un problème, pensez bien), la monopolisation des médecins pour faire visiter les bâtiments à la star. Alors on a beau tourner la question dans tous les sens, ici, on trouve ça assez obscène. Vous me direz que ça attire l'attention des médias sur le problème de la pauvreté/ des épidémies / du manque de médicaments / de la vétusté et de l'absence générale de services de santé en Afrique (barrer les mentions inutiles). Des clous. Ca attire les projecteurs sur la star, qui pendant 1h30 joue son rôle de marraine/parrain bienveillant(e) à merveille, opine gravement du chef au chevet d'enfants comateux, parfois lâche une petite larme en faisant bien attention de se retourner à temps face aux hordes de photographes, et finit généralement la visite entouré de petits patients et de leurs familles, en proclamant qu'il faut sauver les enfants d'Afrique, étant sûre de finir en première page du 'Sun'. Et une fois toute cette parodie écoeurante finie, la star disparaît dans son jet, maudissant probablement ses 'PRs' en se nettoyant les mains frénétiquement avec des lingettes désinfectantes. Et... c'est tout.
Alors proclamer ses bons sentiments et enfoncer des portes ouvertes en larmoyant pour montrer son émotion, certes réelle, c'est bien joli, mais ça ne suffit pas. On a besoin de volontaires qui mettent la main à la pâte, d'argent pour les médicaments, la distribution de moustiquaires, de nouvelles cliniques de trithérapie, de docteurs. Alors libre à eux de fonder des trusts, des ONG, de reverser une partie des bénéfices de leurs derniers albums/ films/ comédies musicales, que sais-je, ou encore de créer des organismes de charités comme l'a fait Bill Clinton. Mais la dernière chose dont les enfants Malawiens ont besoin, ce sont des touristes charognards avides d'images racoleuses.
Enfin, si c'est comme la dernière fois, Madonna je vais probablement l'engueuler parce qu'elle aura pris ma place de parking sans même la reconnaître... Dommage, car j'aurais bien deux mots à lui dire... Et honnêtement, je ne serais pas le seul ici.
27 septembre 2006
My tailor is rich [et on est content pour lui]
Vivre en pays anglophone est vraiment une expérience amusante. Enfin, surtout pour les anglophones. Les bâtards. Alors que dans 99% des situations vous suivez la route, votre vocabulaire s'enrichit de jour en jour et vous vous mettez même à utiliser des tournure idiomatiques (champagne !), le jour où vous vous plantez, personne ne vous loupe. Mais alors personne. Et connaissant ma malchance (je suis le fruit spirituel de l'union de Pierre Richard et d'un chat noir - si vous ne me croyez pas voyez plus bas... Non, pas l'Australie, encore plus bas), vous vous doutez maintenant que ma cote de popularité a atteint des limites jamais dépassées par l'être humain. Surtout depuis vendredi soir.
D'aucuns vous diront que l'anglais est une langue tellement plus fleurie, subtile et variée que le français [HA! c'est sans doute pour ça qu'un mot sur 4 est français] et qu'en conséquent, c'est normal d'être un peu perdu. Soit. Mais quand même. Non, non, vraiment, d'aucuns en rajouteront et en voudront pour preuve la célèbre phrase dans laquelle une seule virgule en fait totalement changer la signification. A vous de juger.
The panda eats shoots and leaves [le panda mange des pousses et des feuilles]
Attention c'est là que tout se passe :
The panda eats, shoots and leaves. [le panda mange, tire son coup et se barre]
La virgule est cruciale. Mwouais. Je suis sûr qu'on peut trouver des exemples similaires en français. Je ne les ai pas trouvés, c'est tout. Enfin bref, tout ça pour dire que je me suis encore cramé, en public qui plus est, et devant tous mes patrons pour faire ça en beauté, la maison ne reculant devant aucun sacrifice pour plaire à son lectorat. J'ai voulu faire le beau dans un restau hyper classe à Mombasa, en papotant d'un air entendu (un peu copain-copain, quoi) avec The Big Boss, venu d'Angleterre pour la semaine. Voulant qualifier de 'louche' le serveur qui avait pris nos commandes (cherchez pas c'était dans le contexte), j'ai voulu utiliser l'adjectif shifty, appris la veille. Hélas, après quelques apéritifs ma mémoire vive était un peu mise à mal et j'ai dit que le serveur avait l'air stiffy... qui veut en gros dire qu'il bandait comme un âne. Gueule du Big Boss. Geysers nasaux de bière chez mes collègues. Gloussements incontrôlables du sous-Boss. Silence de mort dans la salle. Et moi, l'air gland... euh... j'ai dit un truc qu'il ne fallait pas ?
La vie reprends son cours, on m'explique, je passe par toutes les couleurs de l'arc-en-ciel et n'ai plus qu'une envie, me faire seppuku avec le couteau à poisson, mais résiste à la tentation. Dix minutes ne se sont pas écoulées que je remets le couvert lorsque le même Big Boss, bien amusé par mon précédent petit numéro [heureusement qu'il avait 4 grammes dans le sang] me demande si je veux de l'eau dans mon whisky, et que je répond just a slash. Qui peut être traduit par 'juste un jet de pisse' [1]. Pardon, je voulais dire just a dash (juste un trait). Mais trop tard, ma réponse est accueillie par des hennissements et des rugissements de rire gras, le mal est fait. The Big Boss me frappe dans le dos en hurlant de rire, me laissant miraculeusement les côtes intactes. Depuis il m'appelle the stiffy Frenchy.
Charmant.
Il parait que l'Ouzbékistan c'est super pour finir sa vie en ermite.
[1]. I need a slash = je dois pisser. Avec Crocodoc, apprends l'anglais en t'amusant !
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à part ça le Kenya c'est toujours aussi chouette... je vous recommande vivement Diani Beach, au sud de Mombasa, les plages y sont paradisiaques, et les langoustes de la taille d'un bras !
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12 septembre 2006
Australie, suite et fin.
Outre les projets à venir, les découvertes gastronomiques, oenologiques et douanières, ma petite visite à Sydney m'a permis de vivre une expérience tout à fait originale et quelque peu déconcertante. Je me suis mis dans la peau d'Alice II le retour, et suis passé derrière le miroir. Ou plus exactement, derrière l'écran de mon ordinateur. Je m'explique. Après presque un an de lecture assidue de blogs approvisionnés par leur propriétaires en exil Downundah', je m'y retrouvais soudain moi-même. Dans un décor déjà presque familier. Mieux, je les rencontrais, eux et toute leur bande de copains dont j'avais suivi les tribulations bloguesques (et que du coup je connaissais presque, comme si je les avais déjà rencontrés... ouuuh, spooky). Imaginez que vous puissiez soudain rencontrer les personnage d'un livre que vous adorez, ou encore plus fort, en devenir un vous même... Entrer dans le roman et y prendre part. Vous savez tout ce qui s'est passé dans la vie des personnages depuis le début de leur histoire, vous savez où ça s'est passé, comment et avec qui. Imaginez prendre le thé avec Madame Bovary pour lui dire que non, franchement, une vie entière avec Charles-le-mou c'est le suicide assuré. Suggérer à Jean-Baptiste Grenouille d'ouvrir une chaîne de boutiques Séphora, c'est la fortune garantie, et sans odorat, exit le mal de crâne à la fin de la journée !
C'est ainsi que je me suis retrouvé à papoter avec le sémillant Ventdelune et son acolyte Yoyo dans le chicissime bar du Guillaume, avant d'aller voir Lakmé de Delibes à l'Opéra de Sydney... [ca pète sa mère gravement, hein ? Je cherchais à la placer depuis le retour cette soirée-là]. Ou à manger une fondue avec la charmante Antiope, rentrée depuis de son voyage, et ses copains de chambrée. Ou encore à arpenter les rues d'un certain quartier de Sydney où habitait la jolie Pixie, en quête d'un Starbucks pour enfin goûter leurs fameux frappuccinos. Un truc de malade, je vous dit. J'avais l'impression de connaître la ville. Alors d'accord, il y a une différence entre les blogueurs et les personnages de fictions, et en plus le blogueur fourbe ne raconte que ce qu'il veut bien raconter... Mais quand même, l'effet est là, et c'est inédit.
Alors dans la série faisons participer notre cher lectorat (enfin, les trois fidèles pelés et tondus qui passent encore par ici -je suis votre débiteur pour les quatre générations à venir- et les désaxés qui arrivent l'écume aux lèvres sur ma page d'accueil après avoir tapé caméra cachée dans les toilettes sur Google -désolé les gars, c'est pas encore pour aujourd'hui), si vous pouviez papoter avec un personnage de roman, lequel serait-ce ? Et surtout que lui diriez-vous ?
[bienvenue sur le plateau de Ca se discute ! Le mois prochain on abordera le problème des personnes qui sucent leur pouce jusqu'à l'adolescence, et de celles qui ne supportent pas de manger la tige des brocolis]
11 septembre 2006
Soirée de printemps à Kabula
... quoi de mieux qu'une soirée fraîche à bouquiner en savourant un gin tonic glacé dans son hamac, avec Madeleine Peyroux et les grillons en fond sonore ?
Réponse : honnêtement ? Là tout de suite ? A part être en plus avec ma moitié ? Rien.
06 septembre 2006
Australie, chapitre deux.
J'ai profité de ma première après-midi libre pour foncer au CBD, LE coeur battant de Sydney situé en bordure du port et hérissé de gratte-ciels, où les façades montent si haut qu'il est difficile de voir le soleil... Un monde irréel et grouillant, où les lunettes de soleil pare-brises et les associations trendy mini-minijupe en velours + bottes en mouton retourné croisent des costumes chicissimes Armani qui attendent les Sydney buses devant le Queen Victoria Building... Un univers entre Wall Street et Ab' Fab, dans lequel les fashion victims viennent s'approvisionner pour leur fix quotidien de fringues. J'ai eu l'impression d'être un papillon de nuit dans le rayon luminaires de chez Ikéa... Une explosion sensorielle d'effluves de parfums chers, de rugissements de taxis, de néons multicolores, de jambes bronzées (car l'Australienne est bronzée même en hiver), et d'air marin âcre. J'ai manqué de me faire écraser trois fois en traversant le nez en l'air pour suivre le métro aérien, ou pour voir de plus près la vitrine Billabong. Des malls à perte de vue, des kilomètres de vitrines, des galeries marchandes souterraines infinies à faire pâmer des hordes de lemmings, des passerelles entre les grands magasins situés dans des buildings différents, des millions de mannequins, de vendeurs, de cintres, des milliards de fripes.
Mais... rien d'autre.
J'exagère à peine. A part l'Opera House, les restaurants à touristes du port, le Harbour Bridge (dont le prix d'entrée équivaut à la dette du Libéria), un musée d'art contemporain de la taille de mon jardin et deux pubs, le Lord Nelson et le Fortune qui se battent pour l'appellation officielle du plus vieux pub de la ville, le centre de Sydney n'est qu'une gigantesque boutique très très tendance, et très très superficielle. Je ne m'attendait pas du tout à ça. Et j'ai détesté.
Il m'a fallu une semaine d'exploration de la métropole, d'errances au gré des bus et des rues, de promenades le long des petites maisons multicolores de Newton aux façades décorée d'une frise en fer forgé, de fins d'après-midi à rêvasser paresseusement sur le sable blond de Manly en savourant un latte brûlant, et de balades dans l'outback pour réaliser. Que la vérité est ailleurs. Nan, je déconne. Que le charme de Sydney, c'est son art de vivre et et sa qualité de vie. Que la ville est belle et propre, que l'on s'y sent en sécurité partout et à toute heure du jour et de la nuit. Que l'on peut sortir du boulot, sauter dans un bus et aller taquiner la vaguelette sur Bondi Beach en profitant des derniers rayons du soleil. D'ailleurs la population de surfeurs a vieilli... les petits d'jeuns blondinets et excités du temps de Point Break sont maintenant devenus des cardes dynamiques trentenaires à la bedaine naissante, et qui apprennent à surfer à leurs rejetons. Ca ajoute au charme nostalgique de la fin du jour... En rentrant de la plage, pourquoi ne pas s'arrêter prendre un take away chez le Thai le plus proche, ainsi qu'une petite bouteille dénichée au Vintage Cellar du coin, sorte de Nicolas local... La nourriture à Sydney est exquise et bon marché, le vin à damner l'ensemble des protagonistes de la dernière Cène. Les petits restaurants se succèdent et ne se ressemblent pas, les assiettes semblent tout droit sorties des photos de fiches recettes Elle (et oui, moi aussi j'ai une maman abonnée à Elle et qui stocke les vieux numéros dans les toilettes...). Tous les Australiens que j'ai rencontré étaient sidérés à chaque fois que je m'extasiais devant mon plat ou mon verre de vin, et me disaient que je devais sûrement plaisanter car c'était certainement bien mieux en France... Hmm. Ou pas.
Et les Australiens justement, définitivement, complètement, et fantastiquement... cool.
No worries, mate.
Cette phrase entendue et serinée des centaines de fois prend tout son sens. Rien ne vaut vraiment la peine de s'en faire, si ? La vie passe, mon gars, il n'y pas de quoi se faire du mouron. Profite, c'est tout. Un peu de stress ? Va te promener dans les Blue Mountains, à un saut de puce de là, ça va te faire du bien. Un rayon de soleil entre midi et deux ? Vite, un petit pique-nique dans les Royal Botanic Gardens, qui offrent une vue époustouflante sur l'Opera House, et où le tout Sydney vient faire son Tai-Chi au chant des cacatoès [pardon, il ne faudrait pas non plus se laisser aller à un style guimauve, 'au raffut insoutenable des cacatoès' serait plus réaliste]. Il fait bon le soir ? Sort ton canapé sur ton perron et invite tes potes à un petit barbie (barbecue) impromptu sur ton bout de jardin et au milieu du trottoir. On est pas bien, là ?
Et petit à petit je me laissé gagner par cette nonchalance, et me suis surpris à avoir envie de vivre indolemment comme ça. Envie de profiter, justement (hum, en faisant attention à ne pas devenir obèse et alcoolique, bien sûr). Pas toute une vie, mais pour une parenthèse de deux-trois ans. Plus j'y pense, plus ça me paraît une idée fantastique. Le coté futile, tendance et vaniteux reste, on vous regarde souvent de haut en bas si vous n'êtes pas habillés à la dernière mode (et comme je ne suis pas un adepte de la coupe Beckham/lunettes Gucci/pull rayé moulant rose et violet/jeans customisés Costume National/Converses serie limitée trouvées au Japon only, j'y ai souvent eu droit), mais tout ça s'estompe très vite. Et puis, est-ce bien différent à Paris, Milan, Genève ? [Hum, vous le voyez le style guimauve, là ? Je me suis fait avoir gravement, je dois avoir de mignons petits koalas dans les yeux...]
Alors on croise les doigts, et si tout va bien, en janvier...
mais chhhht.
(...)
[Sauf qu'en attendant, j'ai une terrible épreuve qui m'attend, et je redoute le pire. En sortant régulièrement à Sydney je me suis rendu compte, vous l'avez maintenant constaté, à quel point leurs standards étaient élevés au niveau nourriture, que ce soit pour la qualité ou le rapport qualité/prix. Et, horreur suprême, ma collègue et amie Australienne débarque en France pour une semaine en décembre, avec pour leitmotiv : 'je ne veux rien voir. Je veux manger, et boire, je veux vivre à la française' (aaah elle est belle l'élite scientifique Australienne, je vous jure) - On sera sur Paris, Strasbourg, puis Lyon, alors si vous avez des tuyaux concernant de bons petits restaus de cuisine locale et typique, faites-moi signe, je commence à paniquer. Même Strasbourg j'ai perdu le fil... Question de fierté, quoi ! ;-) ]
30 août 2006
Australie, chapitre premier.
Voilà, les valises sont défaites, le jet-lag est évacué, le boulot repris, la parenthèse magique de ces deux derniers mois se referme doucement.
Sydney a été un choc, une grande claque de béton, d'acier et de néons sous un ciel bas et menaçant. Sorti de ma brousse, il y avait de quoi être décontenancé. J'ai détesté.
Puis j'ai adoré.
Mon premier contact avec l'autochtone reste mémorable. Complètement groggy après 22 heures d'avion dont la climatisation permet de vous habituer aux conditions arctiques pour la prochaine période glaciaire, je suis le premier à récupérer mon sac sur le carrousel et à me diriger vers la douane, le coeur battant. Je suis à Sydney !! Grossière erreur. Le douanier australien ne mange pas de ce pain là, pas question d'être primesautier ou enjoué. Les douanes australiennes, c'est sérieux. D'énormes panneaux blancs sur fond rouge placardés dans tout le terminal vous le rappellent et vous mettent en garde contre les millions de produits interdits à l'importation. Il aurait été plus simple de lister ceux autorisés, si vous voulez mon humble avis, mais vous ne le voulez probablement pas. L'arrivée d'un touriste au sourire niais (pas du tout, un peu hébété par la fatigue, tout au plus) ne transportant qu'un tout petit sac boudin de 8 kilos est considérée hautement suspecte. Que ledit terroriste touriste affirme par dessus le marché n'avoir rien à déclarer, pas même une petite allumette en bois exotique susceptible de faire des boutures, de coloniser puis de détruire les écosystèmes nationaux le classe immédiatement dans la catégorie 'ennemi d'état'. Commence alors un petit jeu très amusant. Le douanier appelle des collègues en renfort car plus on est de fous plus on rit, et ceux-ci vous bombardent de questions tout en déballant, dépliant, étalant TOUTES vos affaires. Pas une poche n'est omise, pas un petit reçu bancaire froissé et illisible n'est soigneusement extirpé de votre portefeuille et scrupuleusement étudié. Petit florilège.
- did you pack your bag yourself, Sir?
- of course not, I let a complete bastard from Middle-Est do it for me, you plonker! yes, I did.
fouillefouillefouille. stoppe. air choqué.
- what's this, Sir? You have another passport in your bag, is it a forged one?
- of course it is, how could I trade ballistic missiles otherwise? absolutely not. I have a dual nationality, hence this second passport. Please, feel free to check.
- we will, Sir.
fouillefouillefouille, étale tout le contenu de mon portefeuille sur la table en inox. lève un sourcil suspicieux.
- what is the debit limit of this credit card, Sir?
- I have no idea, actually.
- and this one? How come you have an English, a French, a Swiss and a Malawian credit card?
- eeeerm, I don't know for the limit and eeeerm, it's because I am French national resident in Malawi, and working for a university in UK, and erm, I...
- are you married, Sir? Do you own a flat or a house in Sydney? Do you intent to purchase any kind of drugs in Australia? It is written Dr on your flight ticket, are you really a doctor? Have you ever been to Israel? What is the surname of the Queen Elizabeth? Why are you flying to Melbourne in 2 weeks? Do you like toffee-flavoured ice cream? Are you allergic to cats?
- ???????????????????????
Comment ne pas avoir l'air coupable ? Comment répondre intelligemment et de manière détendue à un flot de questions toutes plus débiles les unes que les autres, sans queues ni têtes, pendant qu'on vide scrupuleusement toutes vos affaires devant vous, et accessoirement devant tous les passagers derrière vous qui attendent leur tour et vous regardent comme si vous aviez commandité les attentats du 11 septembre ? Je me serais trouvé suspect moi-même. Mais une fois le sac vidé, et le terrible constat de l'absence de produits à déclarer établi, les douaniers se sont désintéressés de mon cas pour s'en prendre à une dame âgée, qui transportait probablement des kilos d'ecstasy dans une fausse poche urinaire. J'ai appris par la suite que l'émission télévisée la plus populaire en Australie se nomme 'Borders', et suit en live les douaniers dans leur fouilles jusqu'à ce qu'ils dénichent un petit gars terrorisé qui ne savait pas que les pois chiches en boîte étaient interdits à l'importation.
Mon passeport dûment tamponné, je retrouve ma bonne humeur dans un petit café en attendant ma voiture : je commande un cappuccino et on me sert un 'Kangaruccino' (véridique) avec un petit clin d'oeil. Cheers, mate. Cet accent. Il pleut. Il fait gris et froid. Je suis aux anges... Ca y est, je suis en Australie.
(...)
25 juillet 2006
Back soon...
29 mai 2006
Shameless
Voilà. C'est arrivé. J'ai repoussé les limites de la honte et de l'embarras, en vivant un grand moment de solitude samedi soir. Le genre d'évènement, de remarque inappropriée, de manque de a) tact, b) jugeote, c) sens commun, ou d) a+b+c, qui vous fait violemment rougir et vous donne envie de disparaître de la surface de la terre, de rembobiner le fil du temps pour ne pas avoir fait ou dit ce que vous avez fait ou dit, de vous cacher sous la moquette pour y mourir, ou encore finir vos jours ermite de peur de croiser un jour un de vos congénères qui pourrait avoir eu vent de votre lamentable performance.
J'ai fait un top-3. Et mon numéro un vient d'être remplacé haut la main, les doigts dans le nez. A vous de voter.
Ancien numéro 1.
Yogyakarta,
Indonésie, août 2004. Toute ma famille est invitée à un mariage
traditionnel javanais, et celui-ci est de très grande classe. Comme il
est de bon ton de flatter vôtre hôte, mon frère et moi-même partons à
la recherche d'une tenue appropriée, à savoir alliant subtilement
tradition et modernité tout à la fois. Super facile, hem. Je vous passe
les détails de la croisade, mais Ben finit en pantalon en lin et veste
à col mao, tandis que j'opte pour le sarong local en batik,
avec une veste en lin noir à boutons chinois. Parfait, nous voilà
parés, et diablement chics. Enfin reste un détail, apprendre à nouer le
satané sarong, ce qui n'est pas une mince affaire. Mais quand
même, après 3452 essais (au jugé), je commence à comprendre comment
rabattre le pli, faire le premier noeud, replier, et renouer. Cool.
Pour les novices, un sarong c'est en gros une pièce de tissu cousue de
façon à former un tube très large, que vous enfilez comme une jupe
longue et repliez autour de votre taille avant de nouer. Dernier détail
qui fait tout le charme de cette tenue, on la porte à cru, comme le
kilt.
Vers 19h, tout le monde est fin prêt, et un van nous attends
même à la sortie de l'hôtel pour nous emmener à la réception (quand je
vous disais que c'était grand standing). On traverse la ville illuminée
pour arriver devant une énorme et magnifique pagode en bois surélevée,
où se déroulent les festivités. Emerveillés, on descend de la voiture
en rajustant nos tenues. La pagode est desservie par une volées de
marches où une foule se dirige cérémonieusement vers l'entrée, on a
l'impression d'être à Cannes en plein Festival. Alors que je m'apprête
à gravir les marches tout aussi cérémonieusement (entendez: en me la
pétant grave), je découvre pour la première fois la joie de monter un
escalier avec une jupe longue, marche sur mon sarong et manque de
m'étaler. Pas très concluant. Je décide donc d'opter pour le style
Scarlett O'Hara, en soulevant mon jupon de part et d'autre en montant
l'escalier, ce qui me donne la démarche assurée d'un cormoran
fraîchement mazouté. Arrivés en haut, la fête bat son plein, il y a
assez de boissons et de nourriture pour sustenter tous les enfants de
l'UNICEF, et les décors sont somptueux. Le couple de jeunes mariés pose
en costume javanais sur une petite estrade richement ornée et couverte
de roses blanches devant laquelle une file d'une cinquantaine de mètres
d'invités patiente pour aller les saluer. Le processus est très long.
Du coup on se disperse dans la foule et avec Camille (ma petite soeur)
et Ben (mon petit frère), nous prenons d'attaque le stand à satays.
[punaise, sacré intro pour toujours rien vous vous dites ? Attendez, ça
va venir]
La soirée est loin d'être finie, mais la fatigue frappe
les troupes et on décide de lever le camp. C'est à ce moment précis
qu'on se rend compte que ma seconde soeur et ma mère sont introuvables.
Nous nous dispersons pour les rechercher, et je décide d'aller fouiller
le jardin. Et là, dans la précipitation, je commence à descendre
l'escalier à contre courant de la foule digne qui monte, oublie de
soulever mon sarong, et marche dessus de tout mon poids. Les noeuds
déjà sensiblement lâches après ma première mésaventure se défont sans
la moindre résistance, et avant que j'aie pu faire un geste pour
l'empêcher, je me retrouve cul nul, la chauve souris à l'air, face à
une bonne cinquantaine de dignitaires Indonésiens. Le foule se fige. Et
voilà. Juste là. LE moment. LA
seconde où tout bascule, où, rien que d'y repenser, vous avez envie
d'aller vous coller la tête dans la cuvette des WC et de vous y noyer.
Le temps se fige. Je rougis violemment, essaie d'attraper les bouts de
mon sarong tout en tirant sur le bas de ma veste pour couvrir ce qui ne
s'est pas recroquevillé de honte à l'intérieur, loupe trois marche,
retrouve miraculeusement mon équilibre et disparaît dans la nuit drapé
dans mon sarong et ce qui me reste de fierté... a savoir pas beaucoup.
Quand je finis par retrouver les deux fugitives, je leur passe un savon
hystérique pour évacuer mon énervement. Mais ça ne suffit pas,
encore maintenant je me tasse de honte sur mon fauteuil en y repensant.
Voilà mon top 1. Enfin, jusqu'à avant hier. Voici en avant-première mondiale le nouveau, bien plus intense, plus riche en goût, à la délicatesse incomparable.
Nouveau numéro 1.
Samedi
soir, mon pote Camerounais que je ne présente plus, me demande de venir
lui filer un coup de main dans son restaurant. Il reçoit 50 personnes
pour un anniversaire et veut faire une petite soirée privée, mais a
besoin d'un barman. N'ayant rien de spécial de prévu, j'accepte et lui
propose d'emmener mon iPod pour le brancher sur sa sono. S'agissant
d'un anniversaire, je prépare à l'avance une petite série de playlists 'pendant le repas', 'juste après le repas', 'Paartyyyyyy!' et enfin 'fin de soirée'.
Oui, quand je m'investis moi, c'est à 200%. Bref, le j'arrive le jour J
à l'heure H avec le matériel. Les clients et invités ne tardent pas à
arriver, et on me présente Miranda, la jeune fille trisomique qui fête
ses trente ans. Elle est gentille comme tout, absolument pas comme ses
parents, un couple de Sud-Africains arrogants et puant le fric, du
genre qui ne vous regarde pas en commandant à boire mais qui vous
brandissent une liasse de billet et vous l'agitent sous le nez. La
grande classe. J'attaque ma besogne de barman slash disc-jockey
plein d'entrain, quand la maman de Miranda déboule au milieu de la
playlist 'pendant le repas', constituée principalement de jazz et de
blues entraînant, et me dit tout de go qu'elle a horreur de cette
musique et qu'elle a bien fait de prendre la sienne. Hum. Elle me tend
un double CD et me demande de le mettre. 'Et quand il est fini, vous le
repassez, OK?' Oui, ma'am. Je me retiens de lui donner une leçon
gratuite de savoir vivre, mais serre les dents. Et là je jette un oeil
à la pochette et frôle la crise catatonique.
Shania Twain, the very best of. [NOOOOOOOOOOOOOOOON ??!!!! Siiiiiiiiiiiii.]
Argl.
Je vais mourir, mon organisme va rejeter en bloc cette agression
auditive et je vais faire un choc anaphylactique. Bon, bon, me
reprends-je, qu'est ce que c'est que cette intolérance primitive ?
Après tout ce n'est pas ma soirée, et s'ils ont des goûts de chiottes,
cest probablement la faute d'une éducation discutable, et donc pas de
la leur. Bref. Je m'exécute tout en essayant de conserver un demi bout
de sourire pendant qu'ils mangent sur les hurlements de Shania.
Au bout d'un temps qui me semble aussi court que la totalité du Précambrien (et croyez-moi, TROIS fois de suite ce foutu best of,
c'est long), ils posent ENFIN leurs cuillers à dessert et un mouvement
semble animer les convives. J'entends murmurer 'peut-on danser ?', oui,
Miranda veut danser, on va danser! On repousse les chaises, les tables,
mon âme de DJ remonte à la surface à la vitesse grand V, et j'attaque
la playlist 'Paaaaaartyyy!'. On se trémousse sur Beyoncé Knowles
(derrière mon bar j'ondule gracieusement et en rythme tout en servant
des margaritas, Tom Cruise peut aller se rhabiller), sur de la techno
moisie-mais-qui-bouge, et sur Shakira [
petit intermède ici pour préciser que je n'écoute ni Shakira ni Beyoncé
en temps normal, mais que dans une soirée dansante ça le fait pas mal.
Non je ne me justifie pas, je fais ce que je veux d'abord
].
Et soudain, les Black Eyed Peas. Je redouble d'efforts et danse
frénétiquement derrière le bar avec une bouteille de bitter en guise de
microphone, quand soudain mon cerveau note une petite tension
inhabituelle du côté des convives. En effet, les invités me regardent
tous en faisant des geste frénétiques pour que je coupe la musique. Je
me fige en voyant mon copain qui se passe l'index à l'horizontale sur
sa pomme d'Adam avec un regard épouvanté... Et soudain je comprends,
alors que la voix du chanteur des Black Eyed Peas s'élève :
LET'S GET RE-TAR-DEEED, LET'S GET RE-TAR-DEE-EEEEE-EEEED!
Et Paf. Rebelote et dix de der. Cette bonne vieille sensation. Mon sang se fige, je me décompose. Miranda est toute blanche. Cramoisi j'essaie d'atteindre l'iPod et de lui couper le kiki, il tombe derrière le bar, hors d'atteinte, et je suis obligé d'éteindre l'ampli à coups de pied. Le silence est cinglant. Je viens de passer 'let's get retarded', la chanson la plus controversée de ces 12 derniers mois aux US, à l'anniversaire d'une demoiselle trisomique. Je veux mourir. Là, tout de suite, foudroyé. A ma décharge, ce morceau est de la bombe et idéal pour se trémousser. De plus, et je le jure la main droite levée et l'autre sur la Bible, la Torah le Coran ou tout ce que vous voudrez, que je n'ai jamais eu vent du scandale inhérent à la chanson avant qu'ils ne changent les paroles en 'let's get started', et pour être honnête, je n'ai même jamais fait attention aux paroles avant ce soir-là. Encore une fois, je disparaît dans la nuit comme un chacal syphilitique, mort de honte.
... no comment. Pour les non
anglophones ou ceux qui auraient loupé l'épisode de la censure de cette
chanson, les paroles, grosso modo, disent ceci : 'devenons débiles,
retardés, neuneus, stupides, agitons la tête bêtement tous ensemble'
etc.
Maintenant que vous savez tout je vais me faire pâtre en
Ouzbékistan, où personne ne me trouvera plus jamais. L'autre option,
c'est que toutes les personnes qui lisent cette note me racontent
également leur moment de gêne suprême... parce que mince, il n'y a pas
de raison !!!
Voilà. Sinon le Mozambique c'était fantastique, j'ai plongé au milieu de raies manta géantes par 30m de profondeur, mangé des langoustes longues comme mon bras, et passé (comme à chaque fois) quelques heures dans un garage... mais c'est une autre histoire. Promis, vous l'aurez avant Noël prochain. Un petit avant-goût visuel gratuit suit.
-
04 avril 2006
Easter is coming...
21 mars 2006
Housemates
Et voilà. Le temps béni de la colocation familiale et bon enfant est en pleine débandade, l'ambiance pourrit à la vitesse de l'éclair à Mpingwe, et je ne peux presque plus supporter le couple de Norvégiens qui nous a rejoint dans notre palais il y a maintenant 6 mois. Du statut de personnes responsables et agréables, adultes et autonomes, ils sont passés progressivement mais définitivement à celui de parasites suceurs de moelle, qui, quand vous leurs donnez le petit doigt, vous avalent tout cru. Mes courses disparaissent et ne sont jamais remplacées, mes affaires sont fouillées, je suis obligé de cavaler après mes DVDs pour les regarder et les retrouve rayés, enfin je ne compte plus les petites mesquineries écoeurantes qui se succèdent et hélas, se ressemblent. La coupe est pleine, et j'en viens à regretter mes toutes premières colocataires, Magali, Suzette et Violaine.
[flashback]
Samedi 15 janvier 2005 - Blantyre.
Il faut savoir qu'outre sa capacité absorbante qui n'a rien à envier à la sphaigne, ma collègue et amie Jacqui qu'on ne présent plus, est d'une gentillesse déroutante entre ses accès de rogne dirigée contre l'Humanité toute entière. C'est ainsi qu'en arrivant démuni et sans le sou à Blantyre elle m'a proposé d'emménager chez elle et d'utiliser sa voiture pendant qu'elle bossait sur une partie de son projet en Australie. Après 48 heures de voyage et deux bagages perdus, une virée chez un collègue pour récupérer les clefs avec un chauffeur du Centre, je me retrouve enfin seul, face à la porte de ce qui sera ma future maison pour les 5 prochains mois. Tout autour de moi, dans l'épaisse obscurité de la nuit Africaine, les grillons, les criquets et les grenouillent grenouilles chantent à tue-tête alors que j'essaie tant bien que mal de trouver la bonne clef. La maison est plongée dans le noir, et c'est une très forte odeur de moisi qui m'accueille. Alors que je tâtonne pour trouver le disjoncteur principal j'entends très distinctement un bruit de pas léger, tip-tip-tip contre mon pied. Je fais un bond, le bruit s'arrête. Bizarre. Bon il semblerait qu'il y ait tout simplement une coupure de courant. Je fafouille, trouve et allume une bougie, et me dirige vers la salle de bains pour prendre une douche, parce que je commence un peu à sentir le renard cuit. Là encore, dans le couloir, tip-tip-tip-tip, ça cavale à mon passage. Impossible de voir quoi que ce soit avec la bougie, le sol est en parquet très sombre. Assis sur le rebord de la baignoire devant les robinets muets (et oui, il y a aussi une coupure d'eau), une grande fatigue me frappe. Soudain, tip-tip-tip, quelque chose bouge encore contre la porte de la salle de bain, je l'entends très distinctement. Alors que je me lève et m'approche, bien décidé à élucider ce mystère, l'électricité revient subitement. Le réfrigérateur se remet à ronronner, les ampoules du couloir et de la salle de bain s'allument simultanément (j'avais joué avec les interrupteurs par réflexe), et en baissant les yeux, à 10 cm de mon pied nu je découvre ça.
Ca, c'est Magali. A titre informatif, les gros carrés du plancher font 20cm sur 20cm. Je fais un bond en arrière en couinant comme une pucelle effarouchée et claque la porte, tout tremblant. Pour découvrir deux secondes plus tard Violaine, planquée derrière un panier. C'est elle qui cavalait après moi dans le couloir pour me souhaiter la bienvenue.
J'ai failli leur marcher dessus. Pieds nus. Rien que d'y penser mes poils se hérissent et un long filet de sueur glacée me dégringole l'échine. J'ai besoin d'un verre. Sur la porte du frigo, une petite note à mon égard est affichée à l'aide de magnets et est intitulée OTHER HOUSEMATES YOU MAY HAVE NOTICED. Il y est inscrit que ce sont des baboon spiders, qu'il y en a cinq (CINQ ????), réparties dans des territoires bien spécifiques. Une dans le couloir, une dans la salle de bains (les présentations ont été faites), une dans la cuisine (hmmmm, je commence à regarder frénétiquement autour de moi, la goutte au front), une sur la terrasse et enfin la plus grosse dans la chambre de Jacqui. Cette dernière conclut sa petite notice explicative par un 'si tu ne les embêtes pas, elle ne t'embêteront pas... Mais si tu les embêtes, leur morsure est extrêmement douloureuse !'. Génial.
Elle n'a pas menti. Après quelques jours de sueurs froides à chaque fois que je croise Magali ou Violaine (notamment une fois mémorable où, alors que je me brossais les dents, j'ai découvert avec horreur que Magali me passait sur le pied et que j'ai failli en avaler ma brosse à dents), les mygales se tiennent très bien, ne dépassent pas les limites de leurs territoires, et, pour tout dire, sont quasiment invisible la plupart du temps. Après quelques semaines je n'y fais même plus attention et me mets à leur causer le matin dans la salle de bain. Comme quoi, l'habitude c'est comme la mauvaise herbe, ça s'installe n'importe où. Je les aime bien en fait, elles sont un peu timides et pas envahissantes pour un sou, notre colocation est parfaitement harmonieuse. Jusqu'au jour noir où je fais simultanément connaissance avec Suzette, et que celle-ci rompt notre pacte de non-agression en m'attaquant ouvertement. Alors que je m'apprête à faire du thé pour le garde en une chaude soirée de mars, mon attention est attirée par une araignée énorme et que je ne connais pas, c'est Suzette. Elle se tient par terre, non loin de moi, tapie contre un coin de la cuisinière. Bien élevé, je la salue (et la baptise), avant de vaquer à mes occupations. Peut-être n'apprécie-t-elle pas du tout son nouveau prénom, ou est-elle extrêmement courroucée de me voire débouler dans son espace vital, quoi qu'il en soit elle fond soudain sur moi sans prévenir, avec les pattes antérieures relevées en signe d'attaque, montrant de manière très nettes des intentions des plus douteuses. Mais Suzette fait là une grossière erreur tactique. Un vieux proverbe Sioux dit qu'il ne faut jamais attaquer son ennemi quand celui-ci tient une bouilloire remplie d'eau frémissante, spécialement quand ledit ennemi fait 1,75m de plus que vous. Suzette, dite la Hargne, passe de vie à trépas dans une magnifique fumerolle funèbre de vapeur, qui célèbre le retour au calme sur Kabula Hill.
J'ai pris ma décision ce matin. Je déménage en juillet, je retourne vivre avec mes amies gales (pardon, pardon, pardon). Elles se foutent de mes DVDs, ne mangent pas mes yaourts et mes légumes du marché, et n'ont que faire de mon vin importé de France. Je me réjouis, et ce n'est rien de le dire.















