13 février 2006
Encore un p'tit dessin
... pour vous résumer la soirée de mariage d'un couple d'amis, samedi soir.
Essayer ma nouvelle tablette graphique est une excellente excuse pour poster des notes courtes et colorées !
De gauche à droite : la très chic Katherine, qui, un peu pétée faisait allusion à son haricot en argent de chez Tiffany's (excusez du peu), qu'elle porte autour du cou et ne peut s'empêcher de tripoter convulsivement, votre serviteur, un chouilla désarçonné, faut dire que la phrase prêtait un peu à confusion. Non, c'est juste moi ? Haem, bref. Jacqui, qui après son épisode de jeudi soir a pris de grandes résolutions et a abandonné la boisson pour une semaine (j'ai parié 10 dollars qu'elle craquerait avant mardi soir, soit demain), et enfin Ian, le manager de la brasserie Carlsberg, qui devient mélodramatique dès qu'il boit plus de deux bières...
En bref, une soirée un peu bizarre au début, très chouette au milieu, et vraiment déjantée à la fin.
10 février 2006
Les Australiennes et la glamour-attitude...
... et c'est comme ça TOUS les vendredi matins, après les happy-hours à Doogle's...
20 janvier 2006
Une note tardive de Noël… oui, c’est comme ça, je fais ce que je veux !
Mes collègues me détestent. Après avoir fait la gueule et geint pendant 3 semaines parce que je devais passer Noël loin des miens (oui je l’avoue humblement, quand le moral est bas, je geins lamentablement et je me traîne comme une vieille serpillière, je n’ai aucune fierté), voilà que hop ! je leur annonce fièrement que mon frère et mes deux sœurs ont décidé qu’ils n’avaient pas vraiment besoin de cadeaux de Noël, et m’ont fait la surprise de m’offrir un billet retour pour le 22 décembre, épaulés par mes parents et mes grand parents… Inutile de dire que je ne touche plus terre depuis l’annonce de la nouvelle, mais que j’essaie de prendre une mine neutre pour ne pas m’attirer les regards chargés de ressentiment et d’envie de mes amis coincés ici.
(J’ai appris en rentrant que cette histoire avait provoqué une vague d’emails bilieux et amers, destiné à faire culpabiliser leurs familles respectives, du style, pourquoi lui et pas moi ?? Ben parce que moi, j’ai une famille formidable, c’est tout…)
Petit hic cependant, dans le paragraphe précédent. La date. Avez-vous déjà voyagé en long courrier un 22 décembre ? Avec arrivée à Paris un 23 décembre ?? Comme certaines attractions du Futuroscope, je le déconseille vivement aux personnes âgées, aux femmes enceintes, aux cardiaques, ainsi qu’aux personnes répondant à différentes combinaisons de ces critères. Les autres, armez vous de patience, et de deux boîtes de Tranxène.
Blantyre (6 :30) – Lilongwe (7 :15)
RAS. J’ai demandé un hublot, j’ai eu une place couloir. L’hélice gauche s’est arrêtée deux fois pendant le trajet (mon rythme cardiaque en a fait autant), mais bon, c’est normal. Les trous dans la carlingue, c’est pareil, c’est pour l’aération, alors on est priés d’arrêter de faire les snobs.
J’adore Air Malawi, surtout quand on vous fouille au corps pour vérifier que vous n’emmenez aucun objet contondant en cabine, alors qu’on vous distribue des bouteilles de Coca en verre et des couteaux à steak avec les plateaux repas.
Il fait chaud. Très chaud. Heureusement j’ai mon portable et une tripotée de DVD pour patienter…
Lilongwe (15:20) – Addis-Abeba (19:30)
Surprise. Qui eût crû que les avions d’Ethiopian Airways seraient si spacieux et si modernes ? Et miracle, j’ai une place au hublot ! La troisième surprise intervient très vite pour contrebalancer les deux premières bonnes impressions. Ma voisine est une ENORME matrone Malawienne. Et quand je dis énorme, je pèse mes mots, elle est aussi grande que large. Son mari, assis juste à côté d’elle côté couloir, est encore plus imposant. Evidemment, elle est engoncée dans son siège comme un pamplemousse dans un dé à coudre, et elle se tortille furieusement pour trouver une position confortable, en me propulsant son coude régulièrement dans les côtes sans s’excuser le moins du monde. Mmmmm, on va bien s’entendre, je sens. Le seul moyen que je trouve pour échapper à ses gesticulations sismiques très irritantes consiste à m’écraser contre le hublot et à contempler le paysage. Illico après le décollage, ma nouvelle meilleure amie recommence à faire des siennes et harcèle le personnel de cabine pour avoir de la bière. Elle siffle sa bouteille d’une traite (je suis sidéré, j’hésite à lui proposer de faire un cap’s) et en redemande une autre, qui subit le même sort sous les yeux hébétés de l’hôtesse. Après s’être enfilé l’équivalent d’un pack en moins de temps qu’il n’en faut à Marion Jones pour courir un 200m, elle sombre enfin dans un coma ronflant et entrecoupé de rots bruyants. Une très glamour allégorie du charme féminin. Hélas, au bout de dix minutes, elle est réveillée par les turbulences, et se redresse d’un coup, livide. Et là, en un éclair je comprends ce qui va se passer. Elle se met à haleter, pâlit encore plus, puis saisit frénétiquement son sac-à-vomi et le remplit d’une seule traite, chapeau. Sauf qu’elle n’a pas fini… Les joues gonflées de bière à peine digérée, elle roule des yeux fous et cherche une solution… qui ne vient pas. C’est donc en dernier recours, et taraudée par un spasme irrépressible, qu’elle laisse tomber son sac en papier qui s’écrase sur la moquette avec un sprotch ! mouillé, et qu’elle entreprend de vider consciencieusement le contenu de son estomac dans le rabat en tissu du siège de devant, qui contient les consignes de sécurité et le catalogue duty-free… Tout s’est déroulé en moins de 10 secondes. Je suis pétrifié.
Alors que notre championne récupère après sa véhémente performance, je remarque que son mari, qui n’a rien perdu de la scène, est blême. Il défait sa cravate en transpirant à grosses gouttes, et commence à respirer de plus en plus bruyamment en louchant sur les régurgitations de son épouse, qui, lentement filtrées par le tissu du rabat, dégoulinent par terre…
Aaaaah nooooon !!!!
Ah si. Il se met lui aussi à vomir, mais, plus vicieux, le fait sur les pieds de l’hôtesse, qui n’a décidément pas perdu sa journée avec ces deux-là, et qui pousse des glapissements d’indignation et d’inconfort. A ce stade, j’ai deux options. Me joindre à cet élan émétique fraternel et dégueuler partout pour leur montrer que moi aussi j’ai un diaphragme puissant, ou bien m’écraser encore plus le nez contre mon hublot en pensant à une prairie fleurie, à la théorie de la relativité, à mes vacances à Java, n’importe quoi, mais rien en rapport avec de la bière, de la bouffe, ou le fait que finalement les places au niveau couloir c’est top, tu peux te barrer plus vite.
J’opte pour la seconde.
Addis-Abeba (19 :20) – Addis-Abeba (21 :10)
Aéroport super classe, tout en verre et en acier, une merveille. Juste le temps d’acheter le reste de mes cadeaux et du café éthiopien. Bizarrement, pas trop faim… hum.
Addis-Abeba (21 :10) – Paris (7 :30)
Qui a dit qu’il y avait une famine en Ethiopie ??? On m’a réveillé toutes les 2 heures pour me gaver comme une oie, et entre les repas pour m’abreuver de whisky, de Bailey’s et pour me proposer des snacks. Incroyable. Pas eu de voisine-geyser cette fois-ci, juste une nénette d’une trentaine d’année qui visiblement prenait l’avion pour la première fois et qui m’a fait sourire quand elle m’a demandé si on avait le droit d’aller aux toilettes ou s’il fallait demander la permission aux hôtesses. Je n’aurais pas eu d’aventure douteuse sur le vol précédent, je lui aurai bien fait une blague, mais j’avais eu assez à faire aux liquides corporels humains pour garder mon sens pratique, et éviter un second tsunami, urinaire, cette fois. Là où j’ai commencé à nettement moins sourire, c’est quand elle s’est mise à regarder une espèce de caméra cachée canadienne pourrie, muette et assaisonnée de faux rires. Activité assez innocente en soi, sauf qu’elle devait utiliser des écouteurs pour la première fois également, et ne s’était pas rendu compte que si tu parles avec un casque sur le crâne, tu ne t’entends pas, mais tes voisins, si. Elle s’est donc mise à hennir de rire, à parler aux quidams piégés, en leur couinant ‘noooon, pas làààà, tu vas te faire arroser !!! Hi-hi-hi-hi-hi-hi’, le tout appuyé de mimiques ridicules. Au comble de l’embarras, je fus ravi de découvrir que ladite émission ne durait qu’un quart d’heure. Je fus nettement moins ravi de la voir ensuite opter pour le dernier clip de Ricky Martin, [mode repeat *on*], et d’en entendre beugler la mélodie ad nauseam. Ayant ré essayé en vain ma technique de ninja (pourtant très efficace en cas d’attaque à coup de vomi) consistant à mobiliser mon esprit pour faire abstraction du réel et atteindre ainsi le nirvana, j’ai préféré au final lui foutre la honte de sa vie en débranchant ‘par mégarde’ – oups ! - son casque. Elle s’est retrouvée subitement interrompue par un silence de mort, et ce en plein milieu d’un émouvant vibrato. Réalisant soudain qu’elle était manifestement le centre d’intérêt de TOUS les passagers du vol, elle s’est ratatinée dans son siège, rouge brique et enfin silencieuse.
En allant aux toilettes (sans demander la permission), j’ai repéré un rang de quatre sièges libres et les ai squatté comme un pacha, à attendre qu’on m’apporte mon plateau repas suivant.
Roissy CDG (7 :30) – Paris Gare de l’Est (14 :25)
Je hais Paris.
Tout froissé, renfrogné et bougon, je débarque dans un aéroport vieillot et crade, élevé à la gloire de l’architecture française d'après-guerre, et conçu pour que chaque voyageur ait statistiquement le plus de chances possible de se cogner dans tous les autres. Pour cela, les maniaques qui ont dessiné les plans ont habilement rétréci les couloirs au maximum, judicieusement placé d’énormes piliers pour masquer votre vue, supprimé toute forme d’indication quand aux sorties, et le personnel a été talentueusement formé à être d’une inutilité crasse : en demandant mon chemin à un gars en uniforme ADP, celui-ci (et sans un regard, ce qui trahit un entraînement assidu) m’a brandi un panonceau plastifié sur lequel il était imprimé : LES DOUANIERS NE SONT PAS LA POUR DONNER DES INFORMATIONS. Ca m’a laissé coi. Après 2 heures d’errance dans des couloirs infinis, une gentille dame (je l’aurai embrassée) m’indique que pour rejoindre le RER, il faut descendre en ascenseur au sous-sol et prendre une navette jusqu’à la station. OK.
Il n’y a qu’un seul ascenseur qui fonctionne, et une file de cinq cent clampins avec leurs chariots. Pincez-moi, je rêve. Quarante minutes plus tard, devant l’abribus déjà bondé et sous un crachin glacial, une annonce est faite : suite à une grève des conducteurs de bus à Charles de Gaulle, il n’est pas certain que les navettes fonctionnent.
Mon adrénaline atteint des seuils jamais imaginés pas les médecins.
L’une de ces navettes émerge soudain du brouillard, mais passe à la vitesse de la lumière devant nous, sans s’arrêter. On distingue des visages écrasés contre les vitres couvertes de buée… Ils sont au moins deux cent là-dedans… Après une interminable attente et quelques malédictions, on peut finalement nous aussi jouer aux sardines, la comparaison est très réaliste vu l’odeur qui règne dans le bus. Puis s’ensuivent, respectivement : un combat de catch pour trouver une machine à tickets de RER qui fonctionne (le ratio est de une pour cinq), une petite séance de boxe pour entrer dans le Transîlien (mais comment font les Parisiens ?), une pause café dégueulasse et hors de prix à la Gare du Nord, un rallye pour trouver une machine à tickets de métro qui fonctionne (le ratio ici est de une pour trois, mais c’est plus amusant car elles sont toutes disséminées un peu partout), une expérience inédite de compression de César humaine dans le métro, et, enfin, j’arrive à la Gare de l’Est.
Gare de l’Est (14 :25) – Gare de l’Est (15 :55)
Je pénètre dans le hall de ce qui me semble être la Gare Centrale de New Delhi juste après une attaque à la bombe pendant la révolte des Cipayes… Je n’ai, de ma vie, jamais vu autant de monde. Ah, c’est sûr, ça change de Blantyre ! Ecrasé par la foule hystérique dont une moitié veut aller dans le sens inverse de la seconde moitié, entraînant un véritable combat à coup de valises à roulettes et de parapluies, j’arrive enfin à me frayer un passage jusqu’au sacro-saint panneau central des Départs. Tout le monde est béat et statique, le nez en l’air et la bouche ouverte devant cette icône païenne lumineuse, à attendre que la voie de son train soit indiquée et pouvoir enfin courir comme un dératé vers son compartiment. L’affichage comporte cependant un élément étrange qui attire rapidement mon attention. Devant tous les trains en partance pour Strasbourg, il y a un énorme signe clignotant qui indique : *COMPLET*. Ce que me confirme un gars au guichet : « comment, vous n’avez pas réservé à l’avance ?? Vous savez, tout le monde va au marché de Noël de Strasbourg, tous nos trains sont complets et réservés depuis septembre. Ceci dit, je peux vous réserver quelque chose pour demain, pas avant. »
…
Attendez, là, on se calme. Je respire, et essaie de ne pas faire un infarctus. Je ré explique mon cas, je viens de loin, on est le 23 décembre, bordel, les gens n’ont rien de mieux à foutre à 24 heures du réveillon que d’aller gambader à Strasbourg sous la neige ?? Ils n’ont pas de maison, pas de famille à qui acheter des cadeaux aux Galeries Lafayette?? – Une chance, le gars est Africain et quand je lui explique que je bosse à l’étranger, miracle, il me trouve un billet en un battement de cil. Et à tarif réduit. Fortiche le gonze…
Gare de l’Est (15 :55) – Gare de Colmar (20 :04)
Savez quoi ? Le train est à moitié vide… Tous complets, mon cul !! Ah, et puis prenez ce qui suit comme un conseil, si vous êtes dépressif, ne traversez JAMAIS la Lorraine en train par un jour brumeux d’hiver, spécialement si vous avez un revolver/des lames de Gillette/une fiole de virus Ebola sur vous.
Comparé à Lunéville en hiver, le Mordor c’est Las Vegas, croyez-moi.
Comme elle me semble jolie mon Alsace natale sous un fin manteau de neige, des petites loupiotes accrochées aux arbres et aux maisons à colombage…
J’arrive chez moi à 20:04, soit exactement 45 heures après mon départ. Ce doit être la magie de Noël, je n’ai ni mordu, ni insulté, ni même frappé personne, alors que l’idée m’a traversé l’esprit un demi million de fois.
JOYEUX NOËL !
01 janvier 2006
Carte de Voeu pour 2006
BONNE ANNEE !
(Oui, oui, ça va, je sors...)
20 décembre 2005
J + 365
De la série nostalgie de décembre, cette note est totalement exclue.
Il y a un an, jour pour jour et exactement à la même heure, les membres de mon jury de thèse entraient cérémonieusement dans la salle de soutenance où votre serviteur n'en menait pas large, tout endimanché qu'il était. Je peux vous dire que l'adrénaline giclait à gros bouillons et que mes glandes sudoripares ne savaient plus où donner de la tête dans cette petite salle surchauffée et bondée de collègues, amis fidèles et famille proche. Ce n'est qu'au bout de 55 minutes de soutenance, suivies d'une petite séance sur le grill de, oh, trois fois rien, juste deux heures et demi de questions retorses, de raffinement de torture intellectuelle et de sadisme poussé à l'extrême, que mon connard de président de jury a finalement déclaré avec sa mollesse toute jabbathehutienne que oui, c'était bon, j'étais officiellement Docteur ès Sciences de l'Université de la Méditerranée avec les félicitations du jury et tout le tintouin. Sonnèrent haubois et résonnèrent musettes, Croco venait de devenir Crocodoc ! S'en suivirent embrassades chaleureuses et larmoiements, félicitations énergiques et retours à la normale de pressions sanguines, discours ridicules pour cause de cramage intempestif de neurones par soutenance massive, festoiements pantagruéliques et gavages hépatiques. Le lendemain allait être encore pire, avec un double déménagement en 24 heures entre Marseille et Strasbourg. Mais ça c'était le futur, et c'est une autre histoire...
Ce soir, je me mets une mine pour fêter mon anniversaire.
19 décembre 2005
Star System et Gueule de Bois...
Vendredi matin, alors que je pataugeais lamentablement pour m'extirper de mon lit à moitié rôti par les 49°C ambiants et nanti d'une gueule de bois qui n'arrangeait rien au tableau, je découvris avec une allégresse à peine dissimulée qu'une coupure d'eau sévissait dans tout le district. Ergo, pas de douche, ni de café. C'est donc de fort méchante humeur (le premier qui dit 'pour changer' prend une baffe) et après avoir hurlé à la mort devant mes robinets roteurs que j'arrivais au boulot, avec un programme aussi chargé que la cuite de la veille. Après une bonne heure de tri d'échantillons dans la chambre froide (écart de température 120°C, au jugé), je m'empressais de ressortir avant que les extrémités de mes membres ne subissent le même sort que ceux de Paul-Emile Victor, et je faillis éborgner mon patron en ouvrant la porte d'un coup d'épaule un peu taurin, il faut bien l'avouer. Là, vous vous dites, la vache, avec une intro aussi palpitante, la suite va être digne de la fin de la saison 4 de 24h. Et ben oui. Voilà donc que Malcolm, mon patron, caricature de scientifique hirsute et complètement à l'ouest 24/7, me prends par l'épaule et me dit en substance ce qui suit :
Malcolm [hirsute et complètement à l'ouest] : Dis-moi, il y a un gars de l'Unicef qui est là pour la journée, je viens de lui faire visiter les urgences pédiatriques, mais il veut voir les labos, tu peux t'en charger ?
Moi [énervé car pas que ça à foutre] : Beeeeen... C'est à dire que j'ai un programme un peu chargé...
Malcolm [me souriant franchement en s'éloignant] : Aaah génial, je savais que je pouvais compter sur toi ! Tu vas voir il est super sympa.
Moi [fulminefulminefulmine] : Grrrrrrrrr...
Effectivement, à l'entrée du labo se tiennent non pas une personne mais quatre. Deux énormes mastards en costard qui suent comme des croissants au beurre oubliés au soleil, une espèce de bimbo du plus pur style attachée-de-presse-aux-lunettes-rectangulaires-qui-font-sérieux-malgré-la-miniminijupe-et-les-ongles-de-lauréate-aux-Hots d'Or qui tient des dossiers contre sa poitrine, et un espèce de poseur en lunettes noires énormes et chevelure gominée, qui discute finance au téléphone et répète systématiquement toutes les phrases en crescendo car apparemment, le réseau laisse à désirer. Je me plante devant lui et attends qu'il veuille bien finir sa conversation. Au bout de 10 minutes montre en main, voyant qu'il n'y a pas d'évolution et que je commence à avoir un vieux reste de mal au crâne qui se réveille à cause des rugissements du poseur, je commence à me racler la gorge la délicatesse d'un hippopotame tuberculeux jusqu'à m'en faire (presque) décoller les amygdales. Pas eu le temps d'aller jusque là, il comprends soudain le message et raccroche. Moi énervé par son attitude, je la joue sale con et impose que tout le monde coupe son portable pour la visite des labos, car il y a des interférences (faux) avec du matériel très sensible (ouarf la bonne blague) et extrêmement coûteux (archifaux). Mais bon ça sonne bien, ils sont impressionnés et obtempèrent. Puis je me marre encore un petit coup en imposant le port de la blouse stérile, et en file deux, taille M, à mes loustics bodybuildés qui à vue de nez n'entrent que dans du XXL. C'est à mourir de rire. Puis je me reprends, hein, soyons un peu sérieux. Au cours de la visite, seul le gars au lunettes noires montre un vif intérêt et pose des questions, tandis que les autres baillent discrètement et arborent un ennui poli en traînant la patte. Après 25 minutes, je dois vraiment filer et m'excuse.
Moi [ravi de me barrer] : Bon, et bien voilà, si vous avez d'autres questions n'hésitez pas, voilà mon adresse email. D'ailleurs, désolé, je ne me suis pas présenté, je suis Sam Crocodoc.
Lui [me serrant la main et enlevant ses lunettes noires] : Ewan MacGregor. Enchanté !
Moi [le reconnaissant] : ...
Lui [s'éloignant] : Encore merci pour tout, et bonnes fêtes !
Moi [hébété] : ... !!!
Voilà. Tout ça pour me la péter et raconter comment j'ai été odieux avec Ewan MacGregor himself, qui est parrain de l'Unicef et avec qui j'ai passé bien une demi-heure à papoter. J'ai ensuite été à moitié lynché par toute la gent féminine du labo pour ne pas l'avoir ligoté et mis à leur disposition. J'ai eu beau clamer que le ne l'avais pas reconnu et qu'en vrai il n'est absolument pas beau, elles m'en veulent à mort.
J'ai pas eu de pot, Cameron Diaz est aussi marraine cette année.
16 décembre 2005
Le Père Noël est décidément une belle ordure
Fini de rigoler. Décembre c'est le mois où on passe son temps les yeux dans le vague avec un léger sourire, le nez rougi au dessus d'un verre de vin chaud, emmitouflé dans sa nostalgie. Alors cette année ne déroge pas à la règle, et vous n'allez pas y couper. Faute de feu de cheminée et de marché de Noël dans une ambiance neigeuse feutrée (parce que l'ambiance neigeuse feutrée par 50°C c'est assez peu commun), ben reste la mélancolie. Rien de bien grave, hein, pas la peine de sortir les violons, mais les souvenirs remontent... En fait jusqu'à la semaine dernière tout allait plutôt bien, il était presque impossible d'imaginer que Noël approchait, entre deux barbecues au bord de la piscine et trois étalages de crème solaire indice 75. Ce n'est pas mam'zelle Pixie qui me contredira. Personne ne se doutait du traquenard marketing qui s'ourdissait dans l'ombre, du piège gluant qui se déployait. Et un par un bel après-midi, alors que je décidais d'acheter quelque menues victuailles, je commis l'erreur de passer les portes d'un magasin indien. Le choc fut brutal. Alors que la boutique était encore tout à fait banale et neutre la veille, je fus soudain piégé dans une forêt de sapins en plastique d'un vert ignoble, et des ventilateurs dorés (!!!) habilement customisés Merry X-mas! et agrémentés de houx factice du plus bel effet. Du plafond dégoulinaient de grosses dreadlocks de guirlandes violacées touffues et chatoyantes, et toutes les têtes de gondoles arboraient radieusement de petites loupiotes fluorescentes à 10 000 watts aux couleurs à peine agressives, capables de vous aveugler un condor à 15 miles. Sans compter les bas de contention tagués à la bombe rouge (la maison ne recule devant aucun sacrifice) et remplis de paquets de bonbons, les petits pères Noël en plastique bramant leur Ôh-ôh-ôh! de concert sur leur étalage, et -suprême horreur- Elvis en fond sonore vomissant un 'White Christmas' par des haut-parleurs sub-claquants. Il eût fallu être un moine Shaolin surentraîné pour résister à un tel niveau de torture mentale, aussi vicieuse que subite. N'ayant hélas que fait du Taï-Chi (et encore, seulement deux fois), ma préparation psychique laissait vraisemblablement à désirer, et ma réaction fut violente. Après une étape d'ébahissement tétanique, l'horreur et l'incompréhension laissèrent place à l'instinct de survie. Je lâchais mon panier en plastique et me précipitais dehors avant de céder à la tentation d'une pendaison par guirlande, ou d'une pulsion suicidaire par ingestion massive de christmas pudding (technique beaucoup plus rapide, la mort par étouffement survient en moins de 10 secondes, si vous avez survécu au goût). Ce n'est qu'en courant vers la sortie que je remarquais les caissières en gilets verts et bonnets rouges à pompon... Ma nausée redoubla.
Et voilà que depuis ce jour-là, les misérables simulacres noëlliens surgissent de tous les côtés à Blantyre, les restaurateurs déploient des trésors d'ingéniosité et transforment leurs établissements en bonbonnières clignotantes dans le plus pur style Barbara Cartland vous conte Noël, les journaux sont à présent décorés de frises de sucres d'orge (non mais franchement qu'est ce que c'est que cette connerie du sucre d'orge rouge et blanc, quelqu'un en a-t-il déjà mangé, ou même vu ??? Moi jamais !), même les opérateurs téléphoniques envoient les SMS kitschissimes et débilitants affichant des flocons de neige pour nous souhaiter un joyeux Noël... Je développe une théorie du complot, fomenté par les industries pharmaceutiques Suisses pour doper les ventes de Prozac. Parce que pour le coup, ça fonctionne !! Le moral des troupes restées au Malawi pour les fêtes (bon... on est trois !) est au ras des pâquerettes.
Mieux vaut pas de Noël du tout qu'un pauvre petit ersatz sans saveur... non ? Sur ce, je retourne à mon transat. Non customisé, le transat.
[post-scriptum : un unanime merci du fond du coeur à tous mes amis, qui dans un souci de sauvetage de moral, m'ont écrit pour me dire à quel point Noël c'était has been, pas tendance, voire nul à chier (sic), qu'on y mange trop et qu'on s'y emmerde ferme, qu'on y revoit les neuneus consanguins familiaux qu'on abomine, et que le Père Noël n'est finalement qu'un gros beauf aux goûts vestimentaires über-douteux... Je récite tout ça sous forme de mantra tous les matins !]
15 novembre 2005
Narcisse, ce bâtard
J'ai toujours été atterré de constater l'écart, que dis-je, la faille, le rift, la Fosse des Mariannes, entre l'image que l'on se fait de soi et notre image réelle, celle qu'on renvoie aux autres. Vous savez, ce petit décalage douloureux, cette minuscule mais si amère déception devant un miroir, une vitrine, ou même une flaque d'eau qui vous renvoie une image tout à fait différente que celle que vous vous faites de vous-même... Ces petites batailles perdues lorsqu'au bord de la piscine un après-midi vous vous dites que vous devez avoir l'air vaguement sexy et mystérieux avec les cheveux mouillés en bataille, les cernes et le regard noir dus à la soirée de la veille... et en allant chercher un verre, vous passez devant la porte vitée et ce que vous y voyez relève hélas plus de l'épagneul ventripotent et insomniaque sortant d'une machine à laver que d'un sombre et ravageur Corto Maltese. Et là inévitablement vos épaules s'affaissent (encore plus), et vous vous dites, bof, ben tant pis. Idem pour les soirées/congrès/dîners entre potes où vous brillez, le verbe fier et l'humour conquérant, puis une fois rentré en fredonnant d'aise et en irradiant de confiance en vous, votre ego baudruche se dégonfle lamentablement en constatant devant le miroir que : a) vous avez un morceau de salade/peau de tomate/grain de maïs de la taille de la Belgique collé sur une de vos incisive, b) un magnifique bouton illumine comme un phare le bout de votre nez, c) votre braguette bée et votre caleçon à motifs 'nains de jardin' se voit à des kilomètres, d) a+b+c.
Prenez les photos par exemple. Pourquoi faut-il toujours que la photo où vous pensiez être le mieux vous balance à la tronche un double menton ignominieux alors que tout le monde autour est parfaitement détendu et mono-mentonné ? Ou pire, vous révèle avec les yeux mi-clos, la bouche entrouverte et un air de bovin d'origine Européenne douteuse. Pourquoi n'est-ce jamais vous le personnage hyper-photogénique au milieu d'un groupe de nains bossus au strabisme déconcertant ? Non mais c'est vrai quoi... (pour ceux qui n'ont aucune idée de ce à quoi je fais allusion, dégagez, vous n'êtes pas les bienvenus ici !!!). Phénomène similaire pour la voix, qui n'a jamais frissonné d'horreur en s'entendant sur son répondeur téléphonique ou sur une vidéo ? Personnellement, rien que d'y penser me fait transpirer d'épouvante (non, non, je n'éxagère jamais).
Alors loin de moi l'idée de lancer un pseudo débat de psychosociologie de comptoir sur la pression des médias, le culte du corps, pourquoi 'essayer d'être' au lieu 'd'admettre qu'on est', etc. Rien d'aussi profond. Je trouve ça finalement positif, et assez drôle avec du recul. D'abord ça me donne un bon prétexte pour écrire une note, ce qui n'est pas négligeable en ces temps de paresse intellectuelle, et puis au fond, ces petites claques aussi infimes soient-elles, ne sont que des rappels à l'humilité, un traitement chronique anti-pédantisme... Et au final, il y a vraiment plus grave sur cette Terre.
Mais une question me taraude, avez-vous déjà entendu parler de bimentonectomie ? Ca m'intéresse...
[ANNONCE : des expériences traumatisantes, des moments de grande solitude ? Ne me laissez pas tout seul, racontez-moi votre pire expérience antinarcissique, ça m'intéresse aussi ! Allez, soyez pas timides, qu'on se marre un peu que diable !]
07 novembre 2005
Pendaison de crémaillère
Si vous êtes dans le coin...
... passez donc prendre un verre !
PS: on est prié siouplaît de s'extasier au passage sur cette invitation faite maison par votre serviteur. Oui, oui, je sais, c'est inouï, je suis tellement talentueux. Bon, ça va, n'en faites pas trop non plus... Pfffff.
03 novembre 2005
Y'a des jours comme ça
6:46. J'ai su que la matinée allait se barrer en sucette au moment où je me suis levé, les yeux pas vraiment alignés, et que je me suis pris les pieds dans ma moustiquaire en essayant de m'extirper de mon lit. Surpris par cette attaque fourbe, j'ai perdu l'équilibre -il faut, cher lecteur, savoir que le matin mon organisme requiert entre 5 et 10 minutes pour étalonner et ajuster mon sens de l'équilibre, j'ai donc tendance à osciller dangereusement pendant ce laps de temps et à me cogner dans tout ce que je croise- en agitant les bras comme un personnage de BD penché à 45° au dessus d'un précipice, ce qui a eu pour résultat de m'emmêler les bras dans le tulle. S'en est suivi un choc sourd, un juron étouffé, et cette maudite moustiquaire s'est décrochée avec un CRÂÂÂÂK sinistre avant de venir élégamment atterrir sur mon corps à demi empêtré, finissant de m'aveugler complètement.
6:53. Enfin libéré. Il m'aura fallu bien 5 minutes pour me désaucissonner. Greumeuleumeuleu...
6:54. Pas encore remis de ma chute, je saisis ma serviette et ouvre grand ma porte pour tomber face à face avec Tone, ma colocataire Norvégienne. Elle commence par me sourire, et m'adresse un 'Hi Sam, good morn...' la fin reste coincée à l'intérieur. A sa mine stupéfaite, je sens que quelque chose cloche. Quoi encore, j'ai oublié de mettre mon caleçon ? Noooon, je n'ai pas... A ce moment précis, une petite brise matinale inhabituellement ressentie en un certain endroit m'indique que non, je n'ai pas mis de caleçon, et que oui, je viens de jouer au vieux satyre des campagnes. Meeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeerde. Je bafouille quelques inepties en me tortillant comme un ver et claque la porte, rouge brique.
7:20. Est-ce pour se venger ?? Le copain de ma colocataire squatte la salle de bains depuis une demi-heure, ALORS QU'IL NE TRAVAILLE PAS !!!! BOR** DE P**AIN DE M***E !!!Ce n'est pas d'habitude un garçon matinal, et lui et sa moitié sont allés manger au restau Indien hier soir. Les rouages grippés de mon cerveau embrumé m'indiquent que selon toute probabilité, il serait tout à fait olfactivement suicidaire d'utiliser la salle de bain immédiatement après lui. Pas de douche. Super.
7:27. Oui je me suis fait des tartines, oui l'une d'elle est tombée, et OUI du côté confiture. On reste calme.
7:39. Ah, la voiture démarre. Soupir de soulagement. Je suis presque déçu, je pensais que le moteur allait exploser, ou trouver les quatres pneus à plat.
7:55. Je me gare à l'hôpital. Tiens, le parking est complètement désert. Pas une voiture. Etrange.
7:56. TILT. Un petit sursaut neuronal. C'est l'Aïd-al-Fitr. La fin du Ramadan. C'est un jour férié, banane !
...
Si on était dans un Tex Avery, je me taperais allègrement la tête sur le volant de ma voiture. Mais faut pas déconner, ça doit faire mal. La bonne nouvelle, c'est que je vais pouvoir aller me recoucher. Puisque je suis là, je vais quand même aller consulter mes e-mails avant de rentrer, hein, autant rentabiliser mon aller-retour.
8:01. Tiens, il y a un filet d'eau qui dégouline sous la porte d'entrée du bâtiment. Tiens, il y a des trombes d'eau qui dévalent les escaliers dans le hall. Tiens-tiens, il semblerait que ma matinée soit loin d'être finie. Tiens-tiens-tiens, justement avant-hier nous avons fait un inventaire et tous les cartons de réserve ont été laissés sur le sol dans le labo pour être classés... Je cavale, ou plutôt patauge, le souffle court, splotch-splotch-splotch en me disant que non, ça quand même c'est un peu énorme.
8:04. Le spectacle est apocalyptique. Mon laboratoire est une mare géante à la surface de laquelle flottent des bouts de cartons imbibés d'eau, des tubes en plastique et des gants stériles-plus-trop-stériles. Ca fait des mois que je dis à mon technicien qu'il devrait surélever l'unité centrale de son Mac. Dommage pour lui, je doute fort qu'elle s'allume dorénavant.
8:05. Il va falloir prévenir tous mes collègues, les bureaux sont également inondés. Une petite lueur mauvaise s'allume dans mon regard... Héhéhé, pas de raison que je sois le seul à en profiter, pas vrai ?
...
10:10. Tout le monde est là, à demi-comateux, en bottes de caoutchouc et d'humeur massacrante, à essayer de sauver ses affaires inondées. Chacun manie sa serpillière avec hargne et l'essore comme on aimerait tordre le cou de son pire ennemi... moi, en l'occurence. Au milieu de cette fourmilière humide, je suis le seul à sourire... gnéhéhé. Je ne serai pas le seul abruti à m'être levé tôt en ce jour férié.










